Visions de Goya

L’Éclat dans le désastre

Stéphane Lambert

Précédé de : Portrait de l’écrivain en amateur de peinture.
Deux siècles après leur composition (1819-1823), dans un monde confronté à de nouveaux enjeux de taille, Stéphane Lambert se penche sur l’extraordinaire cycle des peintures noires de Goya pour sonder leur inépuisable actualité. Par cette plongée dans l’imaginaire de ses hantises les plus entêtantes, le peintre espagnol avait transfiguré tous les genres picturaux de l’époque et bouleversé durablement la vision de notre humanité.
Goya (1746-1828) a tout traversé, les humiliations et les honneurs, les assauts de la maladie, la guerre et les remous de l’Histoire, avec le fabuleux don de transformer les ravages en occasions de révolutionner son art. Revenant sur le riche et long parcours d’un artiste de génie, le livre prend la forme d’un voyage à travers une œuvre professant la vitalité inébranlable de la création face à la menace du chaos.

Image de couverture de Visions de Goya
Collection : La rencontre
mars 2019
120 pages - 17 €
Dimensions : 12.5 x 20.5 cm
ISBN : 9782363081803
9782363081803

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Visions de Goya

Stéphane Lambert

Personne. Malgré les allées et venues, le brouhaha des écoliers. Personne. Le peintre nous avait laissés seuls, abandonnés, sur une planète incompréhensible. Le moindre appel résonnait comme dans un théâtre vide. Ces peintures témoignaient de la vie comme si la vie s’était déjà enfuie, comme si la terre avait été désertée. D’où ce sentiment de hauteur, de mise à distance, qui excluait le visiteur de son propre univers, qui le mettait sur la touche là où il croyait encore être dans le jeu. Et personne, qui franchissait la porte de ces salles, ne restait indifférent.
Les « peintures noires » frappaient quiconque les observait d’un étrange sentiment d’attirance et de répulsion. Chacun sentait combien était vraisemblable le règne de l’épouvante, chacun avait rangé ce savoir dans la boîte noire de son inconscient. Mais les mauvais rêves d’une nuit terrible s’étaient imprimés sur les murs de la « maison du sourd », débordant du peintre comme les sédiments d’un fleuve, le remugle de l’âme.