Bébé

Olivier Rasimi

Rentrée littéraire

À dix-sept ans, Bébé mesure tout juste soixante-dix centimètres et a conservé son apparence enfantine dont il possède l’esprit, l’inconstance, l’indolence, la bouffonnerie, guidé par une sorte de sixième sens qui lui fait considérer les choses sous un angle étrange, inapproprié, qu’il exprime alors d’une façon qu’on pourrait juger poétique si elle n’était involontaire.

Nous devons l’origine du mot Bébé à un bien étrange personnage de la cour du roi Stanislas, roi de Pologne et de Lorraine. Sans doute est-il aussi à l’origine du jeu du Nain jaune. Au mois de juin 1745, trois dames de la cour se rendent en villégiature dans les Vosges par la route des Princes. Elles découvrent dans une ferme un enfant, Nicolas Ferry, parfaitement proportionné, de la taille d’une poupée et le ramènent à la cour, où il vivra vingt ans, célébré dans toute l’Europe.

Dans ce merveilleux roman, Olivier Rasimi nous fera aimer le roi de Lorraine, Mme du Châtelet, quelques automates, un crapaud et Piccolino, l’ami de Bébé. Quant à Joujou, autre nain invité à la cour et ennemi juré de Bébé, il est préférable de ne rien en dire… Le squelette de Nicolas Ferry est aujourd’hui au Musée de l’homme à Paris. Et son âme dans les pages de ce livre.

Image de couverture de Bébé
Collection : La rencontre
août 2021
232 pages - 18 €
Dimensions : 12,5 x 22,5 cm
ISBN : 9782363082718
9782363082718

Lire un extrait

Bébé

Olivier Rasimi

La peau de l’automate

Pour une qui meurt, il y en a deux qui naissent. Ou dix peut-être. On a beau les écraser du pied, il en revient sans cesse. Seul le feu pourrait gagner la bataille. Mais les jardiniers ne savent pas y faire, leurs quelques fagots, ils les enflamment en hiver – et l’été, tout est à recommencer. La fourmilière a même grandi depuis l’an passé, avec ses soixante centimètres elle est presque aussi haute que Nicolas. Il vient d’y planter un bâton et c’est le branle-bas de combat chez le petit peuple des fourmis. Comme une toison vivante ondulant sur le tertre. Le bâton en est déjà tout velu. Nicolas s’écarte prudemment et contemple son œuvre. Les fourmis sont gens très disciplinés, et dès demain la branche aura été ôtée. On raconte qu’elles peuvent dévorer un homme en quelques heures. Sans doute ne feraient-elles qu’une bouchée d’un nain comme lui. L’une d’elles s’est égarée sur sa main, il la saisit au moment où elle va glisser sous sa manche. Ses petites antennes s’agitent au soleil. Que vais-je faire de toi ? Un rouge-gorge piaille dans le bosquet.
Quelqu’un appelle au loin : « Bébé ! Bébé ! »
Nicolas reconnaît la voix de Montauban, son serviteur attitré. Il presse entre ses doigts le corps de la fourmi qui craque. À vous revoir au ciel, fourmi ! Puis il sort du bosquet et rejoint le laquais.

Ils en parlent…

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Bébé, d’Olivier Rasimi : privilèges de l’étrange 

Par Victor De Sepausy