Promesse d’une ville

Robert Scholtus

Les villes moyennes, sans doute parce qu’elles se bercent de l’illusion de se croire grandes tout en se prévalant d’avoir conservé le charme de la bourgade et l’odeur du terroir, n’inspirent aux habitants des grandes métropoles qu’une condescendance vaguement moqueuse. À l’inverse, les provinciaux n’envisagent les capitales que comme des sites touristiques auxquels il est agréable de concéder un week-end mais où il ne fait pas bon vivre. Grande ou petite, une ville n’existe que d’être la ville de quelqu’un. Elle n’existe que dans le fragile équilibre entre l’anonymat qu’elle garantit et la vie sociale qu’elle permet à celui qui l’habite. Elle protège sa solitude en même temps qu’elle l’ouvre à la rencontre. La ville est tout ensemble abri et passage, demeure et voie, recueillement et dispersion, refuge et errance. Elle tient dans l’infime différence qui sépare les mots vestige et vertige, répit et récit.
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Saura-t-on jamais ce qui fait l’âme d’une ville et sa beauté ? Inutile de s’encombrer des théories des urbanistes et des clichés des photographes. Chacun la modèle selon le contour de ses rêveries. Le plus simple, comme disait Georges Perec, c’est encore de faire l’inventaire de ce qu’on voit, à l’encontre des touristes qui recherchent le déjà-vu des cartes postales : pavés luisants, portails Renaissance, balcons en fer forgé, envol de pigeons au-dessus des toits, banc vide dans un square, flèche gothique, cygnes sous un pont, reflets du soleil sur une façade de verre et d’acier…

Avec une tendresse un rien querelleuse, l’auteur évoque la ville de Metz, qu’il a quittée pour y revenir dix ans plus tard. C’est elle, en réalité, qui lui revient, chargée d’une histoire oubliée, comme vous revient un poème appris à l’école. L’« émotion de la provenance » qu’éprouve l’auteur au gré de ses déambulations et de ses souvenirs tempère, sans l’oblitérer, « le refus d’appartenance » que la ville de sa jeunesse lui a appris à cultiver.

Image de couverture de Promesse d’une ville
Collection : Littérature française
février 2012
120 pages - 15.50 €
Dimensions : 12,5 x 20,5 cm
ISBN : 9782869599680
9782869599680