L’Odeur de la forêt

Hélène Gestern

Une correspondance incomplète, des clichés clandestins, un journal codé, voilà les premières cartes du jeu de patience que va mener Élisabeth Bathori, une historienne de la photographie, et qui l’emmènera bien plus loin qu’elle ne le pensait.

L’Odeur de la forêt
est une traversée de la perte, à la recherche des histoires de disparus, avalés par la guerre – la Première puis la Seconde Guerre mondiale –, le temps et le silence. Mais ce roman ample, prolifique, multiple, célèbre aussi et surtout la force inattendue de l’amour et de la mémoire, lorsqu’il s’agit d’éclairer le devenir de leurs traces : celles qui éclairent, mais aussi dévorent les vivants.

Image de couverture de L’Odeur de la forêt
Collection : Arléa-Poche
Numéro dans la collection : 238
février 2018
752 pages - 18 €
Dimensions : 13 x 18 cm
ISBN : 9782363081513
9782363081513

Lire un extrait

L’Odeur de la forêt

Hélène Gestern

Il ferma les yeux un instant. Quand il les rouvrit, la biche était partie. Il regarda ses mains, ses mains vides et désarmées, contempla la blancheur du sol, l’air cotonneux qui charriait cette senteur reconnaissable entre mille, utérine et lourde : celle de la neige sur le point de tomber. Elle lui rappelait l’enfance à Othiermont quand il attendait impatiemment que l’hiver revînt pour se livrer aux longues batailles de boules de neige et aux descentes effrénées sur des luges de bois avec les fils du maître de chai. Il aurait voulu pouvoir redevenir ce petit garçon, aux oreilles brûlées de froid et aux mains glacées, qu’il posait sur les joues de Diane, qui commençait tout juste à marcher, en éclatant de rire ; redevenir un homme dont l’âme n’aurait jamais été souillée par l’exercice de la violence. Il respira l’atmosphère encalminée de l’hiver, sa limpidité, comme pour s’en emplir les poumons, se promettant de se la rappeler quand l’ultime moment serait venu.
Soudain, il prit conscience qu’au parfum de cristaux d’eau et de gel s’était mêlé autre chose. Une fragrance lointaine, subtile, assourdie par le froid, qu’il lui fallut quelques secondes pour identifier tant il avait perdu jusqu’à la mémoire de ce qui faisait la vie : l’odeur de la forêt.