Éloge des voyages et du repos

Élisabeth Foch-Eyssette

Voyager, c’est : confronter « son » monde au monde ; se découvrir tel qu’on est lorsqu’on n’est pas chez soi ; faire usage de ses cinq sens, mêler saveurs et savoirs ; être heureux d’arriver quelque part puis soulagé d’en partir – pour- tant le lieu n’a pas changé ; tendre l’oreille à l’esprit des lieux : s’il vous dit de déguerpir, surtout ne pas le contredire ; accepter qu’on ne pourra jamais tout voir, tout connaître : on sera toujours incomplet d’un bonheur volé à une étape encore inconnue ; aller voir et laisser dire.

Élisabeth Foch-Eyssette a parcouru le monde désirant l’ailleurs pour mieux rêver au retour. À la manière de Sei Shônagon dans Notes de chevet, elle écrit aussi bien les choses qui invitent à prendre le large que les rencontres de ceux qu’on n’oublie pas. Et cède, avec le même bonheur, à l’élan des départs et au désir d’ancrage, aux joies de la vie nomade et de la vie sédentaire.

Image de couverture de Éloge des voyages et du repos
Collection : Arléa-Poche
Numéro dans la collection : 267
juin 2021
200 pages - 9 €
Dimensions : 11 x 18 cm
ISBN : 9782363082640
9782363082640

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Éloge des voyages et du repos

Élisabeth Foch-Eyssette

La langue des autres

Il faudrait concocter une langue qui fasse son marché dans tous les pays de la terre pour intensifier la saveur de dire. Une langue qui soit à des années-lumière des hi !, please, ok, how much ?, shopping, parking, ce desesperanto qui fait le tour de la planète.

Pour mémoire, quelques mots qui font basculer mes horizons : la jubilación espagnole rappelle qu’il n’y a pas d’âge pour savourer la vie, que le temps ne passe pas mais renaît chaque jour de ses cendres. La rêverie française vacille entre veille et sommeil dans un espace où l’on devient tous un peu poètes. L’intimité de la Gemütlichkeit allemande aimante l’âme comme la flamme d’une chandelle tandis que la profondeur de la wilderness américaine réveille le chant du monde. Il tuffatore, pas très utile certes, ce mot italien a néanmoins le pouvoir d’imposer une image, celle de la tombe du plongeur de Paestum : un corps qui apostrophe la vie et la mort et suggère un saut dans l’inconnu. Quant au mot hindi, kala, il confond « hier » et « demain » et suggère que l’éternité est de chaque instant ; en grec, il chante la joie de vivre, exprime que tout est beau, tout est bon et que tout va bien, kala, kala, kala... Le reibat, un mot farsi difficile à traduire, pour- tant cette coutume iranienne est répandue dans le monde entier. Elle consiste à se retrouver en petit comité, pour commenter, en toute liberté, une réunion familiale, amicale ou autre, loin de ceux qui y ont participé. Les absents ayant toujours tort... Enfin, une appellation qui en éclipse beaucoup d’autres : dans la langue des Yakoutes, le nombril du ciel désigne l’étoile polaire. Une manière de souligner le lien cosmique et viscéral qui relie les hommes aux astres.