Celui d’en face

Gabrielle Ciam

« J’en ai fini avec le sexe. Je sais bien que dite comme ça cette phrase a l’air d’une provocation. Pourtant, je n’en trouve pas d’autre pour traduire cet extraordinaire sentiment de soulagement qui m’envahit chaque soir lorsque je me glisse dans la fraîcheur impeccable des draps, prête pour une nuit de repos, une vraie nuit immobile, sans effusion, sans corps à corps perlé de sueur, et surtout sans ces après laborieux, cœur affolé, peau violentée, et cette poisse au creux des jambes, qui peu à peu sèche et se craquèle, emprisonnant les poils dans une colle figée. J’ai eu ma part de ces vertiges-là. Je dors maintenant comme un bébé et, lorsque ma main, par inadvertance, se pose sur mon sexe, elle ne rencontre que la douceur soyeuse et ordonnée de la toison brune, petit coussin confortable qui appelle la caresse, ou plutôt une simple pression pour rien, pour jouer, pour s’endormir... »

Dès le début, Gabrielle Ciam annonce la couleur : une femme a fait le choix de se délivrer du sexe et, peut-être le croit-elle, de la relation amoureuse. Elle fait partie de ceux pour qui le renoncement à la chair est un choix de vie. Elle vit seule, dans une solitude voulue et assumée, dans une succession de jours et de nuits lisses, loin de toutes complications affectives.

Mais c’est sans compter celui d’en face.

Image de couverture de Celui d’en face
Collection : Littérature française
septembre 2006
160 pages - 15.50 €
ISBN : 2-86959-748-7
2-86959-748-7