Éditions Arléa


Renan, la Bible et les juifs

Renan, la Bible et les juifs

Collection Essais

Maurice-Ruben Hayoun

Sainte-Beuve, qui a bien connu – et soutenu – Renan, écrivait : « Pour parler convenablement de M. Renan lui-même, si complexe et si fuyant quand on le presse et qu’on tente de l’embrasser tout entier, ce serait moins un article de critique qu’il conviendrait de faire sur lui, qu’un petit dialogue à la manière de Platon. Mais qui l’écrirait ? »

Au sujet de l’auteur de la Vie de Jésus, la recherche contemporaine s’est posée des questions inquiétantes : dans quelle mesure peut-on le tenir pour responsable de la propagation du racisme au xxe siècle ? Ses développements sur les qualités ou défauts des peuples sémitiques ont-t-ils contribué à attiser l’antisémitisme ? A-t-il été le complice des idées de Gobineau ? Pourquoi a-t-il, jusqu’en 1870, soutenu dans ses écrits la théorie de l’impérialisme germanique ?

On distingue deux grandes étapes dans le vécu et le penser de l’ancien séminariste : jusqu’en 1870, c’est-à-dire avant la guerre franco-prussienne, Renan n’hésitait pas à parler de « races » et à accentuer les différences, pour ne pas dire les antagonismes, qu’il croyait discerner entre les sémites et les indo-européens, précisant cependant que ces idées-là ne sauraient connaître la moindre application au plan politique ou anthropologique. Nous n’avons pas de difficulté à le croire, tout en nous demandant pour quelle raison il n’a pas dénoncé de telles spéculations – la doctrine des races, notamment.

Pour Renan, l’analyse du langage permet de remonter aux origines du phénomène humain lui-même ; partant, l’étude des langues revêt un intérêt crucial. Produit immédiat de la conscience humaine, les langues se modifient sans cesse avec elles ; et la vraie théorie des langues n’est, en un sens, que leur histoire. Grâce à l’étude des langues, on peut appréhender l’énigme humaine.

Les éléments constitutifs de la pensée de Renan sont donc la langue, la race, la nation et, enfin, l’humanité. Toute sa pensée est admirablement résumée dans cette formule lapidaire : le but de l’humanité est la constitution d’une conscience supérieure. Son œuvre peut se ramener à quatre grands points : l’histoire du christianisme, l’histoire d’Israël, l’exégèse biblique et, enfin, la pensée ou la philosophie religieuse. Dans tous ces domaines, Renan a donné le branle à son siècle, qu’il parlât d’hébreu, de Jésus ou de Dieu.

L’objet de Renan, la Bible et les juifs est de définir l’attitude de Renan face à la Bible hébraïque, aux juifs et au judaïsme.

Renan était-il antisémite ? La réponse est résolument non, car il faut faire le départ entre ce que l’auteur a dit et ce qu’on lui a fait dire, entre ce qu’il a dit et ce qu’il a voulu dire.

Pour ce qui concerne les juifs, il convient de distinguer quatre choses : les enfants d’Israël, c’est-à-dire le judaïsme antique du premier et du second temple ; les disciples des Sages qui rédigèrent le Talmud ; les juifs de la diaspora, qui traversèrent les sanglantes persécutions du christianisme médiéval ; et, enfin, les israélites de son temps, ceux avec lesquels Renan avait des relations professionnelles ou simplement amicales.

Quand Renan évoque la naissance du christianisme, qui, émergeant du sein de la synagogue, finit par rompre violemment avec elle, son discours est absolument univoque : le christianisme serait, selon lui, la vérité du judaïsme, qu’il a remplacé en lui succédant, et il n’hésite pas à user de métaphores choquantes pour un juif d’aujourd’hui (la sève a quitté le tronc juif… le judaïsme ne mène plus qu’une vie de secte…, etc).
Opposant à l’accès l’opposition entre les Évangiles et le Talmud, il s’étonne qu’une même époque ait pu engendrer deux écrits aussi opposés ? Les Évangiles renfermant évidemment pour lui la quintessence de la vertu, tandis qu’il traite le Talmud de « méchant livre ».

Avec les « Israélites » de son temps, Renan s’est conduit avec courtoisie. Que ce fût avec Munk, Mohl, Franck, et même avec Derenbourg (qui a tenté en 1870 de lui ravir la chaire d’hébreu du Collège de France), Renan s’est montré un collègue amical et compréhensif. Et s’il lui est arrivé d’oser des remarques que l’on peut assimiler à de l’antisémitisme, comme certaines assertions sur les juifs orientaux, l’appartenance juive de son éditeur, Michel Lévy, le conduisit à tempérer des déclarations un peu offensantes.

Prix :24 euros

280 pages, 2008, EAN 9782869598225



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