100 photographies de Jean-Daniel Guillou, texte de Jacques Maigne
Avec nous, un parmi nous...
Quand on l’a vu débarquer avec ses appareils, franchement, on a rigolé en douce. Il voulait jouer le pompier, nous suivre sur tous les coups, partager notre quotidien et même dormir sur place. Pompier, je vous dis, un parmi nous, qui, disait-il, serait notre regard à nous, de l’intérieur, et pas l’un de ces pillards toujours pressés qui vous piquent vite fait quelques images mille fois vues. Bon, on l’a écouté. Il avait l’air gentil, attentionné, discret, et ça, c’était la base, parce que, sinon, on n’est pas du genre à se laisser abuser par le premier paparazzo venu. On est chez nous, ici, entre nous, et c’est un petit monde qui a ses codes, ses rites, ses petits secrets. Ses lois. Pendant des heures et des heures, de jour comme de nuit, il faut attendre, patienter, tuer le temps, et bon, ça ressemble souvent au désert des Tartares. Rien en vue. Rien à voir. Alors, on s’occupe, on blague, on se chamaille, on fait du sport pour garder la forme, on entretient le matériel. C’est sûr, à force de passer des heures et des heures ensemble, on a un peu l’impression d’être dans une bulle, entre parenthèses. On est dans une deuxième maison, entre proches qui partageons un peu plus qu’un métier, tous convaincus de l’utilité et de la cohérence de notre boulot, plutôt fiers, il faut l’avouer, du prestige qu’il nous procure (notamment auprès des femmes !). On est un peu comme des acteurs de cinéma, des acteurs anonymes. Entre deux prises de vue, pour nous deux « décalages », on attend, parfois longtemps, et c’est peut-être ce qu’il y a de plus difficile, de plus méconnu aussi...
Donc, quand il s’est posé dans notre tanière, le photographe, on a d’abord souri, c’est vrai. Et puis, mine de rien, on l’a testé, normal, et observé jour après jour, peut-être plus qu’il ne le faisait lui. On a décalé le soir-même de son arrivée, une broutille, un départ de feu de broussailles vite maîtrisé, et il a donné un coup de main, sans se mettre au milieu. Le troisième jour, il faisait partie des meubles et plus personne ne faisait attention à lui. Sympa, oui, c’est le mot, et peut-être plus malin qu’on ne le pensait. En tenue, discret comme un chat, un parmi nous à l’intérieur ou sur le terrain, il avait trouvé le camouflage parfait pour saisir en douceur toutes les images dont il rêvait. Mais je sais qu’il a joué le jeu. Je suis sûr qu’il nous a respectés. Nous, à force d’en voir de toutes les couleurs, les hommes, on en connaît un rayon.
Prix : 33 euros
128 pages, 2005, EAN 9782869597020
Les yeux encore lours de sommeil, nous avons rejoint les lieux de l’intervention. C’était Noël, mais une famille effrayée demandait de l’aide. Lorsque mon collègue, sur l’échelle m’a tendu les bras, j’y ai découvert une petite fille d’à peine huit mois, les yeux grands ouverts, ronds comme des billes. Elle se demandait bien se qui se passait, mais pas une seule fois elle n’a pleuré.
Évacuation d’une victime, tour de la Parata : l’accès difficile nécessite l’intervention de l’hélicoptère BK145 de la sécurité civile, avec l’aide des montagnards sapeurs-pompiers d’Ajaccio.
Même si la lutte ne représente que dix pour cent des interventions, elle demeure spectaculaire et nécessite toujours l’engagement de moyens importants.
Métro, ligne N°4, la rame vient de partir, laissant le vagabond et les sapeurs-pompiers sur le quai de l’émoi, le quai de nulle part...
Réalisation Akilia
Copyright © Arléa.